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12/06/2018 - Les psychologues en colère face aux promesses truquées : progrès ou recul ?













Depuis que la Ministre De Block a annoncé le 18 mai dernier un remboursement possible via la Sécurité Sociale, on voit apparaître des craintes et des mécontentements dans les différentes associations de psychologues. Ce fait semble nouveau dans la région flamande. La colère gronde parmi les psychologues qui estiment que l’accès à leur profession doit rester libre et non lié à un système de prescription médicale, ils sont contre la limitation des tarifs à 45 euros pour les 8 séances prévues avec remboursement de l’INAMI et réalisées par des psychologues exerçant comme indépendants (de 11 à 4 euros à charge du patient pour seulement 4 séances et 4 séances de plus avec prescription médicale mais 60 euros pour la première séance). La presse flamande s’agite et les psychologues réagissent depuis peu. Du côté francophone, les psychologues avaient dénoncé ces pièges depuis plus d’une quinzaine d’années avec la loi Alvoet, Muylle, Onkelinx qui ont précédé celle de MDB. Sont-ils fatigués, désabusés, découragés ?? Certains psychologues considéraient qu’il s’agissait d’un progrès, même d’une reconnaissance de leur profession. Ils ne se rendaient pas compte du piège qui s’est refermé sur l’autonomie de la profession. Aujourd’hui ils s’en mordent les doigts.

Les interventions psychologues d’indépendants sont donc difficilement praticables lorsqu’elles sont limitées à des patients ayant des problèmes psychologiques modérés alors que les psychologues s’occupent souvent de cas plus graves dont certaines pathologies chroniques.

Le nouveau système de renvoi des patients d’une 1ère ligne vers une 2ème ligne spécialisée, préconisé par le KCE fédéral nous semble totalement inefficace car il ignore l’intérêt du patient et menace la relation de confiance entre le patient et son psychologue.

La loi de 2016 avait déjà exclu du champ de la psychothérapie tous les non-psychologues pourtant formés et expérimentés. Des mesures transitoires ont été légalement prévues pour ceux qui travaillaient avant fin 2016. Ils restent valablement reconnus comme psychothérapeutes indépendants ou employés dans des centres de consultation ou en pratique libérale. Imaginez déjà les dégâts que cela a pu faire sur la confiance dans la relation thérapeute- patients/ clients. Depuis l’application de cette loi, la chasse aux charlatans a commencé qui peut décourager les consultants devenus méfiants envers leurs psychologues.
Notre association UPPSY-BUPSY a mené un combat pour contrer ces lois et ces mesures mais n’ont pas obtenu gain de cause contre un gouvernement qui soutenait MDB dans sa politique de santé.

Jusqu’à présent les prestations étaient remboursées par les mutuelles sur base de l’assurance complémentaire avec des différences entre le montant, le nombre de séances et le type de séances…ainsi que la région où est située la mutuelle.

Ceux qui en profitent valablement sont les bénéficiaires soucieux de leurs finances qui n’ont pas eu la chance de consulter dans un centre de consultation où ils trouvent des tarifs plus modérés (entre 5 et 20 euros) toujours de qualité (centre de planning familial, centre de guidance ou de santé mentale, maison médicale…). Une mutuelle remboursait les psychothérapies alors que d’autres la psychologie clinique. Ceci nous étonne car un psychologue clinicien universitaire qui n’a pas de formation en psychothérapie ne propose pas le même service à ses patients. Si ceux-ci sont remboursés uniquement pour quelques séances et qu’ils doivent ensuite aller consulter un psychologue ou un psychiatre spécialisé en psychothérapie pour la suite de son traitement, nous ne comprenons pas où est le progrès dans la qualité des soins. La relation de confiance est à recommencer à chaque fois pour le consultant. Nos associations revendiquent une profession autonome avec un accès libre pour tous qui nourrit la qualité du soin et de la relation de confiance.

Pourquoi diviser notre profession selon le modèle néerlandais alors qu’elle vient d’affirmer son identité, sa déontologie et ses secteurs d’intervention ? Cela peut s’expliquer par le cloisonnement des pouvoirs politiques et l’évolution d’une société déshumanisante où atteinte est faite à la liberté de penser par les stratégies de management poussant à la rentabilité.

Le système d’aide psychologique connaît une grande diversité d’offre d’interventions et de prises en charge liée aux sensibilités et philosophies différentes de nos institutions (thérapies individuelles, de couple, de famille, de groupe, généralistes ou spécialisées dans différentes pathologies avec 4 courants théoriques différents prévus dans la loi Onckelinx). L’action limitante de Mme De Block est de vouloir un remboursement de certaines prestations à l’exclusion d’autres.

UPPSY-BUPSY se veut attentive aux risques potentiels liés à ce changement en matière de remboursement des soins psychologiques : D’une part l’uniformité par le bas c’est-à-dire moins de séances remboursées avec le risque que les mutuelles se déchargent sur l’INAMI et n’offrent plus aucune compensation comme elles le faisaient précédemment. D’autre part la perte de la liberté thérapeutique du choix du patient qui ne peut être adressé qu’à des psychologues reconnus agréés avec ou sans formation complémentaire pour le même prix. N’est- ce pas ce qu’on appelle une offre au rabais ? Qui peut s’imaginer que l’on puisse aider ou soigner quelqu’un en 4 ou 8 séances ?

L’autre risque et non des moindres est que ces séances prescrites par un médecin ne puissent se faire sans partage dans un dossier global sur la health’box officielle proposé par le SPF Santé. Rien n’est, en effet, plus personnel et subjectif qu’un rapport psychologique même s’il se résume à quelques faits observables. Bien souvent le patient ne désire pas que son dossier soit partagé avec d’autres professionnels que ceux qu’il a choisi en toute confiance et qu’il peut consulter en toute liberté.

On peut donc légitimement s’interroger sur le progrès dans la qualité et l’accès aux psychologues proposé par notre Ministre Fédérale ? L’uniformisation devient surtout l’application d’un système qui pouvait paraître démocratique mais qui ne respecte pas le travail des professionnels ni ceux des usagers.

Passer de 10 séances remboursées à 4 avec les conditions imposées à la liberté d’accès et de choix du patient : de qui se moque-t-on ? du patient ou du professionnel qui voit se détricoter son métier ? A moins qu’il ne s’agisse des deux qui ont intérêt à réagir conjointement.

Martine Vermeylen,
présidente de l’Union Professionnelle des Psychologues-
Beroeps Unie voor Psychologen

12 juin 2018


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